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LES BLESSURES DE L'OMBRE

PARLER DE L'INCESTE

2h03mn - Documentaire

Résumé et informations

Information supplémentaire : Ce programme peut heurter la sensibilité de certains spectateurs.

D'une nuit à la rédaction d'un journal aux Blessures de l'Ombre.

Dernière nuit de travail pour terminer le bouclage d'un numéro spécial. A la rédaction, concentration maximum. Il était très tard. Une de mes collègues s'effondra en larmes. Quatre phrases réussirent à sortir de ses sanglots "Je me parlais à moi-même, mais il faut que je vomisse mon passé. Je dois prendre conscience de ce qui m’est arrivé. J’ai besoin de reconnaître. C'est comme ça ".

Debout près d'elle, je l'écoutais sans comprendre. Une autre collègue approcha. Elle décrypta instantanément de quoi il s'agissait. Elle avait reconnu la douleur. Cette femme, aux allures masculines, et réputée pour son fort caractère, commença à me parler, elle aussi. "Je me retrouve en elle. Je me revois, il y a 20 ans, lorsque j'ai pris conscience de ce que le père de ma mère m'avait fait. Je me revois quand la mémoire m'est revenue. J'ai cru mourir étouffée si je ne parlais pas. Son état me renvoie à ma propre souffrance, à l'épreuve douloureuse de laisser le traumatisme remonter à la surface pour l'évacuer, le vomir littéralement, après plusieurs mois, plusieurs années de travail sur soi, pour, enfin, laisser place à la vie. Ce n'est pas mon histoire, c'est l'histoire commune  de toutes les victimes d'inceste. C'est l'histoire de cette extrême douleur qui empêche de dormir, qui m'empêche de dormir et trouver le repos. J'ai l'impression d'être un pantin désarticulé et de ne plus m'appartenir. Je veux l'aider et j'ai peur. J’ai peur du reflet qu'elle me renvoie, alors que je sais qu'il sera vital pour cette femme de parler à quelqu'un ''qui sait'', qui a vécu comme elle l'histoire de la chair corrompue, de l'innocence trahie. J'ai peur de me retrouver dans mon néant, face à moi-même. J’ai peur de retomber dans l'abîme obscur où je retrouverai ma vieille compagne, la douleur".

Cette nuit-là, sans voix, tétanisé, j'écoutais ces deux femmes blessées, impuissant face à leurs souffrances. Elles avaient été marquées au fer rouge par une souillure qui ronge de l’intérieur. Je percevais leur besoin d'un signe de reconnaissance psychique et mentale pour survivre.

Cette nuit-là, je décidais d'entamer la longue aventure du documentaire "Les Blessures de l'Ombre". Deux années de tournage, témoignages de victimes et professionnels, en Europe et en Afrique. Olivier Enogo

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